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Les nouvelles technologies et le rapport au temps – SC du 09/04/07

Le thème de ce souper-causerie était introduit par la question suivante : les nouvelles technologies augmentent la durée de vie et raccourcissent les délais, quel apport pour l’homme ? Cette formulation était le résultat des pistes ouvertes et non abordées lors du précédent souper-causerie sur le thème de « plus de temps, pourquoi faire ? ». En particulier, l’impact de l’augmentation de l’espérance de vie n’avait pas été abordée alors qu’elle me semblait tout à fait intégrée dans la problématique. A la réflexion, cette formulation m’est apparue très, voire trop touffue, car elle intégrait en fait trois questions différentes : le rôle des nouvelles technologies dans notre vie, l’augmentation spectaculaire de l’espérance de vie et son impact sur les personnes, et le raccourcissement des délais lié aux nouvelles technologies qui semble tranformer la vie en une course perpétuelle.

En fait, les thèmes abordant la notion du temps génèrent des réflexions très diverses, qui montrent la richesse du sujet et aussi le fait qu’un des traits majeurs du nouveau paradigme en train de se mettre en place est l’évolution importante de la notion du temps. En fonction des intérêts des participants, les thèmes réellement abordés lors des soupers-causeries traitant du temps peuvent se révélés très différents. Ce fut le cas pour ce souper-causerie.

Une participante était très intéressée par l’impact des nouvelles technologies sur le travail. Certains métiers qui ont été amenés à se transformer complètement du fait de l’arrivée puis du développement de l’informatique, de l’émergence d’internet, et enfin de la diffusion de ce qu’on appelle aujourd’hui le web 2.0 et qui change les rapports des individus à la toile. Son métier est en rapport avec la documentation qui est passée en moins de 50 ans d’une double problématique de conservation, classement et stockage physique et d’assistance à un utilisateur, à l’alimentation et la gestion de bases de données gigantesques communiquant avec d’autres systèmes. L’utilisateur n’a souvent plus besoin de se déplacer pour obtenir une assistance qui est de plus en plus assurée par les moteurs de recherche. Le lieu de travail est désormais consacré principalement à des travaux sur ordinateur et tous les six mois, des conférences internationales font état de nouveaux concepts qui modifient les relations de tous les acteurs en eux. Le métier semble changer de manière importante tous les cinq ans.

Cette situation s’accompagne d’une certaines forme d’anxiété à l’idée de devoir sans cesse s’adapter à de nouveaux outils. La problématique n’est plus d’amener des personnes à utiliser l’informatique, car les employés d’aujourd’hui l’ont utilisé depuis leur début professionnel, mais de modifier régulièrement le travail réalisé avec l’informatique. Et cela fait naître un sentiment d’insécurité face aux nécessaires adaptations de l’individu aux techniques. La technique qui devait nous servir, c’est l’argument qui a souvent été avancé pour accompagner son développement, semble de plus en plus nous asservir. Elle ne s’adapte pas aux êtres humains, c’est aux êtres humains de s’adapter à elle ! Nous en portons notre part de responsabilité car nous avons créé les machines non pas pour aider les êtres humains, mais pour les remplacer.

La situation dépasse la problématique des métiers, puisqu’aujourd’hui, ce n’est pas seulement le travail qui semble impossible sans ordinateur, mais la communication elle-même qui semble impossible en dehors d’une médiatisation technique. La société valorise le fait d’être informé, au courant, ce qui fait que l’homme doit communiquer. Et s’il veut communiquer, il doit se mettre à niveau de toutes les innovations techniques. Mais le rythme de celles-ci semblent s’accélérer et les évolutions qui se déroulaient en 20 ans semblent aujourd’hui se dérouler en 5. Cela explique en partie notre impression qu’il y a toujours quelque chose à faire, qu’on est toujours en retard de quelque chose et qu’il n’y a pas de temps à perdre.

Cela rejaillit aussi sur les générations. Pendant longtemps, le monde dans lequel vivait l’adulte parent était commun à 80 ou 90% avec le monde dans lequel les enfants allaient évoluer en tant qu’adultes. La transmission était relativement simple, en tout cas théoriquement. Aujourd’hui, le monde dans lequel vont vivre les enfants, une fois qu’ils seront adultes, va être très éloigné du monde dans lequel vivent les parents. Si on observe les trente années précédentes, on peut même dire qu’on ne sait pas ce que va devenir le monde dans 20 ans puisqu’on n’a pas vraiment su prévoir le monde tel qu’il est aujourd’hui. Quelle transmission est possible si on ne sait pas sur quoi elle doit porter ? Les parents se trouvent en situation de ne rien pouvoir apprendre à leurs enfants, si ce n’est qu’il leur faudra toujours apprendre. Avec les nouveaux outils informatiques, les enfants de 15 ans sont capables de faire des choses que leurs parents ne savent pas faire et parfois même que leurs frères et sœurs de 25 ans ne savent pas faire.

Nous assistons à la quasi-nécessité d’une transmission à l’envers : ce sont les enfants qui apprennent à leur parents. Mais comment gérer des doubles transmissions : j’ai quelque chose à t’apprendre sur la vie, mais j’ai besoin de toi pour m’apprendre à vivre ? C’est à la fois une très belle idée, mais elle est aussi vertigineuse. Elle semble facile quand elle s’applique aux techniques, mais plus complexe quand elle concerne les valeurs. Car si ce n’est pas les parents qui apprennent aux enfants, qui est-ce ? L’école peut être en jeu, mais ce n’est pas vrai pour l’apprentissage des jeux ou des blogues. Il y a surement les autres enfants avec quelques grands frères ou sœurs et il y a des phénomènes d’auto-apprentissage à partir des outils de formation en ligne. Mais surtout il y a aussi la publicité et le marketing des entreprises vendeuses de logiciel, et c’est par là que la transmission des valeurs par les parents peut-être battue en brêche.

En fait, et cela est souligné dans la notion d’auto-apprentissage, l’accès aux nouvelles technologies et au nouveau monde qu’elles promeuvent dépend de la capacité d’adaptation de chacune des personnes. On peut alors se demander ce qui va se passer pour les personnes qui ne disposent pas d’une forte et surtout rapide capacité d’adaptation. Le monde des nouvelles technologies impose à chacun d’avoir des liens avec quelqu’un qui sait. Cela peut être une bonne chose, cela implique de rester toujours en contact avec des personnes plus jeunes que soi, mais est-ce possible pour tout le monde ? Comment se paie l’absence de lien ?

La mise en place des soupers-causerie m’a permis de réviser certaines de mes idées reçues sur l’utilisation des outils du web 2.0 par mon entourage de trentenaire et de quadragénaire. L’idée des soupers-causeries étaient assez ancienne en tant que projet, mais n’est devenue réellement tangible qu’à partir du moment où j’ai eu l’idée d’associer les soupers-causeries à un blogue pour diffuser le contenu des échanges. Il permettait d’associer aux rencontres la production d’un écrit, de mettre ces textes à disposition à des personnes qui ne seraient pas des participants, mais qui pourraient être intéressées, et surtout d’obtenir des commentaires des différents lecteurs. (Ce dernier point est jusqu’à présent un échec, mais je ne désespère pas). En avantage induit, j’avais l’idée que cela me permettrait de rattraper mon retard sur l’utilisation du web 2.0 avec les principes des pages, du blogue, des outils de gestion de contenu, etc. Il me semblait que j’étais la seule de ma génération (40 ans) à ne pas connaître et utiliser ces outils. Je me suis renseignée, j’ai recherché sur la toile, j’ai essayé plusieurs modèles de blogue possible et j’ai réussi à créer mon blogue après quelques soirées pas toujours sereines.

Et là, j’ai eu la surprise de recevoir des témoignages d’amis qui me félicitaient de la création de mon blogue, m’indiquant que c’était un domaine dont ils entendaient souvent parlé mais qu’ils n’avaient jamais mis en oeuvre.. J’ai compris que les outils très utilisés par les 20-30 ans n’étaient pas tant que cela utilisés par ma génération. Les outils utilisés par les personnes de 20 ans et de 40 ans ne sont pas les mêmes ! Pour faire un parallèle, j’ai des amis anglais qui m’indiquaient qu’ils n’arrivaient plus à parler quantité avec leurs enfants car eux-mêmes avaient été élevé avec les livres et les onces et que leurs enfants utilisaient des grammes et des kilogrammmes. Cette difficulté de communication entre enfants et parents ne semble pas limité aux pays où les unités de mesure ont changé, elle se retrouve dans tous les pays développés pour l’utilisation de l’informatique : une forme de communication est interrompue entre les générations par l’usage de technologies différentes. Les nouvelles technologies et surtout leur rythme d’évolution semblent découper les générations en tranches imperméables, avec chacune leur propre référence et leurs propres outils.

Quelle communication inter-générationnelle est possible dans ce cadre ? Avant, le choc des générations s’expliquait en partie parce que chaque étape de la vie avait ses propres objectifs et que ceux-ci pouvent entrer en collusion avec ceux des personnes plus âgées ou plus jeunes. Mais ce qui se passe aujourd’hui est que ce ne sont pas seulement les objectifs générationnels qui sont différents, mais aussi et surtout les moyens utilisés, chaque génération ne sachant utiliser les outils de l’autre. Un parent pouvait reconnaître dans son enfant une étape qu’il avait lui-même traversé, tant qu’ils partageaient le même référentiel commun. Mais quand les manières de faire changent aussi, comment comprendre ce qui se passe ?

Nous avons alors été amené à évoquer les outils développés par le web 2.0, notamment en ce qu’ils permettent à chacun de s’exprimer librement et quasi gratuitement sur la toile. La question de la protection de la vie privée s’est posée récemment dans un fait divers. Une personne s’exprimait sous son nom propre dans un blogue où elle donnait son avis. Elle a été menacée de mort, à travers son blogue, et de manière suffisamment sérieuse pour qu’elle ait peur de sortir de chez elle. La question qui semble en jeu dans ce cas concerne les modalités d’utilisation d’internet. Il permet d’exprimer un avis, mais il permet aussi de le faire anonymement, comme dans le blogue des soupers-causeries. C’est aussi à l’utilisateur qu’il convient de se protéger et il peut tout à fait décider s’il apparaît sous sa propre identité ou sous celles de pseudos.

Une autre analyse du problème est celui de l’écart qui existe toujours entre la société et le système législatif. Quand la première évolue très rapidement du fait de mutations technologiques importantes, le second ne dispose pas aussi rapidement des moyens lui permettant de définir le droit, et encore moins les principes qui vont avec, car il ne sait pas prédire quels nouveaux outils apparaîtront ni-même l’usage qui en sera fait.

Par ailleurs, il n’y a pas que les personnes ou les sociétés qui subissent l’évolution du temps, les nouvelles technologies la subissent aussi : en effet, le rythme de l’innovation technologique semble s’accélérer.

Les nouvelles technologies ont aussi créé leur propre temps, c’est le cybertemps, ou temps virtuel ou temps de la vie virtuelle. Internet permet la connexion simultannée de personnes vivant des temps différents, cela crée une espèce de temps virtuel où des êtres humains se donnent la répliquent alors qu’il est la nuit pour l’un et l’après-midi pour l’autre. Parfois ce temps semble déborder sur le temps réel et des personnes gèrent plus leur temps en fonction de leur temps virtuel (leur participation à certains jeux en réseau) qu’en fonction de leur temps réel (l’heure qu’il est). Certains articles relatent la vie d’internautes qui passent 17 heures par jour devant leur console de jeu, mangeant devant, finissant par s’endormir devant. Cela se traduit par une exclusion de la vie sociale, une situation de dépendance grave et une dégradation de la santé. C’est là où les nouvelles technologies, plutôt que de contribuer à augmenter l’espérance de vie, la diminue et même la prive de son volet social, plutôt structurant de la condition humaine. C’est en ce sens, et dans cette utilisation qui peut sembler particulière, mais qui est en constante augmentation, que les nouvelles technologies apparaissent comme une déconnexion de la vie, voire une négation de la vie réelle. Un cercle vicieux se crée qui peut déconnecter les gens de la réalité, du moins de celle dans laquelle l’humanité a toujours évolué.

Les liens entre l’espace virtuel et l’espace réel ne sont pas limité à celui-là. Les nouvelles technologies ont généré des nouveaux besoins, de nouvelles consommations énergétiques notamment, qui contribuent aujourd’hui à la dégradation écologique de notre planète. L’explosion du tourisme et des compagnies low-cost a été rendu possible par les outils de traitement des demandes et de facturation en ligne. Une évolution technique, qui semble spécifique au monde virtuel, a ainsi eu des conséquences importantes et surtout irréversibles au niveau de la vie réelle à travers l’épuisement des ressources naturelles.

Ainsi, les nouvelles technologies évoluent vite, et même de plus en plus vite. Elles génèrent des craintes, même chez les personnes jeunes de ne plus être capable de suivre, et dans certains cas, elles conduisent à une forme de dépendance qui met en danger la vie des êtres humains, ou en tout cas semble capable l’appauvrir énormément. Même si ces cas peuvent sembler extrèmes, ils mettent en évidence que ces nouvelles technologies ne naissent pas de rien ou d’une recherche désintéressée de certains chercheurs mais elles sont développées dans des laboratoires de grandes sociétés privées, dans une logique marketing, et elles visent aussi à créer une forte dépendance des utilisateurs. Ce qui est en jeu, ce n’est pas la seule faiblesse de certaines personnes face à leur console de jeu, mais la capacité des hommes à réagir à un outil qui est conçu exprès pour créer une forme de dépendance. Ce qui est en cause n’est pas la faiblesse des uns, mais surtout la force de frappe de certains, pour des fins essentiellement financières. En ce sens, les nouvelles technologies ne sont pas neutres. Peut-on parler de progrès technologique, si celui-ci ne vise pas l’épanouissement de l’être humain mais seulement son aliénation à outils pourvoyeurs de sensations afin qu’il en achète de plus en plus ? Ce n’est pas la fin de la dépendance de l’homme à un monde hostile qui est visé, mais sa dépendance à des outils créés par d’autres hommes afin de leur assurer une rente.

Pour revenir aux liens entre les nouvelles technologies et le temps, il a été évoqué le fait que les nouvelles technologies, créant un nouveau temps virtuel, crée des nouveaux besoins en temps. L’usager peut faire plus de choses, il veut donc en profiter et doit trouver du temps pour toutes les choses qu’il a envie de faire, or le temps réel n’est pas extensible. C’est ainsi que se développent, soit une frustration de ne pas avoir le temps de tout faire ce que l’on veut avec des problèmes existentiels d’arbitrage entre les différents temps, soit une culpabilité de ne pas avoir le temps de faire tout ce qu’on croit qu’il faut faire. Dans les deux cas, l’impression n’est pas de gain de temps mais de rétrécissement du temps. C’est une forte insatisfaction, mais elle semble néanmoins moins dangereuse qu’une autre solution qui consiste à empiéter sur son temps biologique (sommeil, repas, toilette, etc.) voire son temps social (travail, loisir, etc.) au profit du temps virtuel.

Se pose de nouveau la question de savoir si ces nouvelles technologies nous font réellement gagner du temps. En communiquant plus vite, on est censé gagner du temps. Or l’impression n’est pas de gagner du temps pour autre chose, mais de manquer de temps pour tout faire. On prend beaucoup de temps à aller chercher des informations, à écrire, à répondre, à définir nos priorité. On est censé gagner du temps, mais tout le temps gagné est réinvesti dans le système censé nous faire gagner du temps. On gagne du temps pour le réinvestir dans ce qui nous fait gagner du temps. On s’auto-génère une activité consommatrice de temps. Dans le séminaire organisé par l’Université de la Terre et déjà évoqué lors d’un précédent souper-causerie, Etienne Klein fait remarquer que les réalisations techniques sont censées nous faire gagner du temps, alors qu’on passe la majeure partie de notre temps à résoudre des problèmes techniques. La technique nous permet donc de faire réaliser par une machine des opérations qui s’imposent à nous, mais le temps gagné à ne pas faire l’opération est dédié à régler les problèmes de la machine à qui on a délégué la réalisation de l’opération. Bref, nous sommes passés de la résolution de problèmes concrets à celle des problèmes techniques, l’énergie musculaire requise est plus faible, mais l’énergie intellectuelle augmente. Cela soulève de nouveau le problème des capacités d’adaptation des personnes, et le niveau de formation requis pour l’utilisation de ces nouvelles techniques.

L’évolution technologique, telle qu’elle est initialisée par des groupes financiers, a contribué à détruire des emplois, d’abord les emplois de production, puis les emplois de front office. Il est possible d’acheter un billet de transport ou de spectacle sans avoir aucune interface avec un être humain : l’information nécessaire à l’achat du billet, la réservation, le paiement tout a été fait en ligne par l’intérmédiaire de robots. De plus en plus, le billet est imprimé par l’usager, il n’y a même plus besoin du facteur qui vient apporter la lettre (la mise sous pli a toutes les chances d’avoir été automatisée). Les banques sont de plus en plus équipées de robots qui assurent les opérations pilotés par les clients eux-mêmes. L’impact des nouvelles technologies dans la réalité n’est donc pas seulement limité aux ressources naturelles, il a un volet social important.

Dans la même conférence évoquée plus haut, Etienne Klein cite un de ses confrères qui considère que « l’évolution technologique a transformé les êtres humains en organes sexuels de la technoscience ». Au-delà de l’extrême provocation de la formulation, l’idée s’impose que le rôle de l’homme consiste de plus en plus à faire communiquer entre eux son ordinateur portable, avec son téléphone, son organiseur, voire son frigo avec son fournisseur en épicerie, afin de permettre le développement de nouveaux gadgets technologiques communiquants. Ce n’est plus son propre désir qui est en jeu, mais le besoin de rapprocher ces différents outils pour leur donner sens. L’idée que l’homme n’utilisait de 10% de son cerveau s’est avérée totalement erronée, mais c’est un fait que l’homme utilise rarement plus que 10% des fonctionnalités des ces appareils électroniques. Et pourtant, le consommateur achètera un nouveau modèle, pour une nouvelle fonctionnalité qu’il n’utilisera aussi qu’à 10% de ces capacités. Il sera le principal agent d’une production de nouveaux objets, remplissant ainsi le rôle d’un organe sexuel.

Cela nous rapproche des scénarios de science-fiction qui décrivent des processus où les machines s’affranchissent de plus en plus de l’homme jusqu’à le déclarer ennemi. Les neuroscientifiques commencent à travailler sur la notion de conscience et son mécanisme d’apparition au sein de l’évolution. A la lecture, et au vu des évolutions technologiques qu’on a déjà connu, on peut relativement facilement considérer que ce phénomène deviendra reproductible et pourra s’appliquer à des machines. Terminator III ne paraît pas si loin. L’avenir se lit peut-être déjà dans les œuvres des romanciers (voire poètes) de science-fiction, plus que dans les essais de prospectives menés par les scientifiques.

Joel de Rosnay défend une position optimiste à travers le concept de l’homme symbiotique, où le corps physique de l’homme est complété, non seulement par ses habits qui lui permettent d’évoluer par tous les temps, mais aussi par les nouveaux outils portables : téléphone, ordinateur, organiseur, etc. qui lui permettent de communiquer à tout moment avec tout le monde. Cette évolution peut être considérée comme une formidable extension de la puissance de l’homme, ou à l’inverse comme un plus grande dépendance de l’homme à la machine. On peut aussi considérer que cela crée une nouvelle dépendance : celle de la connexion en continu. L’homme est non seulement dépendant des outils qui lui permettent de communiquer, mais il se sent en plus obligé de rester connecter en permanence.

Les nouvelles technologies créent aussi une autre forme de dépendance au temps : c’est le temps qu’il faut pour prendre connaissance des nouveautés, ou simplement des nouvelles versions des outils. Il s’agit du temps passé à l’adaptation continue aux nouveaux moyens. A l’échelle de la vie, ce temps devient de plus en plus important. Même quand l’outil physique ne change pas, sa partie logicielle évolue en continu et nous sommes obligés de réapprendre régulièrement à utiliser un outil pourtant familier car il a changé à travers une nouvelle version logicielle installée en dehors de notre contrôle. Le temps gagné par la technique doit être calculé avec le temps perdu par cette même technique.

Le temps passé sur Internet peut sembler un temps utile et fécond, car il nous permet d’apprendre plus de choses, de trouver des informations sur des sujets qui nous intéressent, mais quel usage en fait-on réellement ? L’idée positive est que cela permet une plus grande ouverture d’esprit, mais des enquêtes montrent aussi que chaque internaute a plus tendance à chercher dans la toile de quoi réaffirmer ces idées plutôt que de se confronter à des idées qui ne sont pas les siennes. Ainsi plus qu’un réseau ouvert, la toile serait surtout composée de réseaux étanches permettant de consolider les ostracismes et bloquant la circulation des idées. Certains analystes considèrent que la toile renforce le système d’appartenance à des groupes fermés partageant les mêmes idées. Il est clair que la toile n’est qu’un moyen et que son intérêt dépend de l’usage qu’on en fait, mais il ne faut pas imaginer que la mise à disposition d’une information variée va se traduire mécaniquement par la prise de connaissance de cette information au profit d’un élargissement de ses propres idées.

Cela nous a conduit à parler de ce qu’on a appelé la fracture numérique et du fait qu’une partie importante de l’humanité, et pas seulement dans les pays en voie de développement, est exclu de l’usage de la toile. Les personnes connectées communiquent avec les autres personnes connectées mais ne le font plus avec ceux qui leur sont proche physiquement. C’est la fin de la traditionnelle messagerie vocale sans fil. Plus sérieusement, en annulant les distances, le système provoque des phénomènes où il semble plus facile de parler à un australien via une messagerie qu’à notre voisin. La toile permet une diffusion plus efficace de l’information, mais pour qui, et pour quels buts ?

Les nouvelles technologies sont un des facteurs qui creuse l’écart Nord-Sud. Les pays industrialisés dominent les autres d’un point de vue économique, mais aussi médiatique. Dans le même temps, la toile semble jouer un rôle dans la rediffusion de produits élaborés par des techniques anciennes. La technologie a créé le processus industriel qui a contribué, partout où c’était possible, à détruire le travail artisanal. Mais ce dernier semble renaître grâce aux nouvelles technologies qui permettent de rapprocher une offre à une demande. Certains objets réalisés selon des techniques anciennes ont gagné une nouvelle visibilité qui a permis la relance de certains artisanats locaux. L’engouement pour la redécouverte de techniques anciennes est visible. En France, il y a de nombreux chantiers où des bénévoles passent du temps à construire un château-fort, une abbaye, ou un bateau selon les techniques de l’époque. Cela fonctionne comme un retour au source, peut-être pour lutter contre la virtualisation du monde, les individus se confrontent à des techniques très physiques qui leur semble plus réelles. Cela s’accompagne aussi de manière moins spectaculaire à une volonté de revenir à des produits de qualité artisanale et pas seulement industrielle.

Mais quand on observe ce retour à des sources plus « naturelles », on observe une vision souvent faussée du « monde naturel ». Il est souvent identifié comme un état proche du paradis naturel, et pas comme d’un milieu où la vie est souvent de la survie et qui peut se révéler parfois très hostile. Certaines attaques sont lancées contre certaines technologies sans prendre en compte l’apport réel de ces technologies. Au même titre, qu’il convient de faire la différence entre la technologie et l’usage qu’on en fait, il faut faire la différence entre l’adoption de technologies plus respectueuses de la vie réelle et le rejet de la technologie dans son ensemble. L’agriculture intensive n’est pas née d’une seule volonté de concentrer la production agricole au sein de groupes financiers surpuissants, mais bien du besoin d’augmenter les rendements afin de faire face à une population qui augmentait grâce aux progrès de l’hygiène. Cette agriculture a fini par développer des produits appauvris, mais de belle apparence, régulière et uniforme. Aujourd’hui, du fait de problèmes écologiques et nutritionnels, l’agriculture biologique se développe, mais souvent les clients lui demande les mêmes résultats en terme d’apparence et de régularité de goût que l’agriculture industrielle. Le risque est de voir ces produits naturels rejetés par une demande qui a une idée fausse de ce qu’est un produit naturel.

La perte des valeurs, qui rejoint à la difficulté de transmettre des valeurs dans un monde très évolutif, se retrouve aussi dans l’idée que les critères de qualité d’un produit artisanal sont les mêmes que ceux d’un produit industriel. Souvent, les acheteurs attendent d’un produit artisanal des caractéristiques proches d’un produit industriel, et notamment la régularité de l’apparence et l’homogénéité des caractéristiques. Un produit artisanal dépend de l’homme qui l’a façonné et qui lui a transmis les irrégularités qui en font l’unicité. Ce n’est pas la qualité qui est en cause, car les techniques artisanales permettent de faire des objets de grande qualité, mais le fait que celle-ci soit propre à chacun des objets et pas à une gamme identique.

De plus, l’artisanat n’est pas un rejet de la technologie, il est avant tout une technique qui peut s’adjoindre les moyens de la technologie pour améliorer cette technique. En ce sens, l’agriculture biologique n’est pas une agriculture rétrograde, qui refuse la technologie. Elle utilise les apports de la science mais dans une visée différente que l’agriculture intensive : pour améliorer la qualité nutritionnelle des produits sans avoir recours à la chimie lourde. L’analyse du meilleur engrais naturel se fait sur la base de la chimie. La chimie, en tant que science, permet de créer des produits synthétiques et artificiels, mais permet aussi d’analyser et de sélectionner les meilleurs produits naturels afn d’en tirer le meilleur parti.

Les notions discutées peuvent sembler loin du sujet, mais elles concernent le temps en tant qu’il se traduit par une histoire et les nouvelles technologies à travers l’usage qui en est fait.

Certains échanges peuvent apparaître comme des critiques directes des nouvelles technologies, mais il n’en est rien. Pour les participants, elles ne sont pas en cause, ce qui l’est, c’est qu’elles ont été orientées vers un usage précis qui est d’augmenter la consommation des produits. Elles sont en plus soutenues par un effort marketing et promotionnel constant, qui lui a bénéficié en plus de toutes les recherches scientifiques sur le comportement humain. Les valeurs établies par l’humanité sont menacées par des groupes transnationaux qui visent à les remplacer par une seule notion : consommer toujours plus. Le rythme des évolutions technologiques fait que les parents ont de plus en plus de mal à transmettre leurs valeurs. Les notions de responsabilité individuelle sont menacées par des promesse de bonheur liées à la consommation. La notion d’honneur semble une notion obsolète, voire légèrement péjorative. Ce qui, de l’avis des participants, rend la société si difficile, c’est qu’elle demande un effort personnel important pour lutter contre les mirages du marketing.

Dans ce processus historique, quelque chose semble étonnant : nous savons que le corps de l’homme n’a pas changé en 100 ans, dans son organisation et son mode de fonctionnement. Et pourtant, on considère normal que ce corps se soit adapté « naturellement » et très rapidement à une nourriture de plus en plus artificielle (chargée en pesticide et produits de synthèse, avec des composants totalement altérés, sucres et graisses raffinés, etc.) et à un mode de vie totalement différent où l’effort physique n’est souvent plus que volontaire (sport) mais rarement naturel. Nous semblons étonnés de l’émergence des maladies dites de civilisation alors que nous exigeons du corps humain qu’il s’adapte à un univers artificiel qui n’a jamais visé à prendre ses besoins en compte. Si la nourriture est de plus en plus artificielle, c’est pour répondre aux besoins de l’agriculture ou du marketing, mais pas de la santé animale ou humaine, comme on voudrait parfois nous le faire croire. Nous ne nous posons même pas la question du temps d’adaptation ou même plus simplement de la possibilité d’adaptation de notre corps, résultat d’une longue évolution naturelle, à des produits créés chimiquement dans des éprouvettes.

Au delà de l’impact des nouvelles technologies sur le temps, c’est leur impact sur notre conception du passé que nous avons été amené à aborder. Nous nous référons toujours au passé, mais le passé auquel nous nous référons paraît parfois aussi artificiel que le monde virtuel dans lequel nous avons de plus en plus l’habitude d’évoluer.

Quand on parle du passé, on imagine toujours la situation sous le prisme du progrès, à la fois matériel mais aussi dans le sens d’un plus grand raffinement des êtres humains eux-mêmes. L’homme du passé, vivant dans un monde plus difficile et plus hostile, semble aussi un peu rustre. Or cette idée est tout à fait battue en brêche par les témoignages artistiques anciens, tant au niveau de la littérature, que des tableaux, des poteries, etc. qui témoignent au contraire d’un très grand raffinement sentimental, artistique et intellectuel, rendu par des techniques parfois moins abouties, mais quand même impressionnantes quand on les met en perspective avec les moyens d’alors. Réaliser des poteries très fines dans un four dont on ne peut programmer avec précision la température requiert plus de techniques que dans un four moderne programmable et paramétrable.

Pour résumer dans une formule simplificatrice, l’âme humaine, dans sa créativité et son inventivité artistique, ne donne pas l’impression d’avoir évoluée, c’est seulement la technique qui a évolué. En fait, on a tendance à placer le progrès dans l’âme humaine avec une évolution de la rusticité vers le raffinement alors qu’il est surtout dans les techniques. C’est donc un progrès surtout matériel, et seulement matériel, ce qui n’est pas rien, mais ce qui le rend superficiel et réversible. On confond le raffinement avec les améliorations technologiques, ce qui nous fait croire que, vivant dans un monde très technologique, nous vivons sous un mode très raffiné … en oubliant que raffiné dans notre monde technologique ne renvoie qu’à un processus d’appauvrissement et de nivellement d’un produit (huile raffinée, sucre raffiné, etc.).

L’occident défend l’idéal de la démocratie grecque telle qu’elle a été définie par les Grecs eux-même, en oubliant qu’alors qu’elle ne visait qu’une très faible partie des citoyens. Elle n’était pas faite pour les femmes, ni pour les barbares et sutout pas pour les esclaves, ce qui devait exclure quasiment 80 % de la population. Les Grecs eux-mêmes seraient, il me semble, particulièrement amusés, par l’idée d’appliquer leurs idées pour 100% de la population, en tout cas, au moins au niveau du discours. Cela ne revient pas à rejeter l’idéal démocratique mais à considérer comme le modèle grec est peut-être un modèle, mais sur la base d’une société complètement différente et leur ambition était beaucoup plus faible que la nôtre. L’idéal de démocratie, liée à la notion d’état-nation (de cité-nation du temps des grecs), ne semble plus à même de faire face à des puissances telles que les sociétés transnationales qui visent à refuser de leur propre aveu toute entrave à leur développement commercial, quelqu’en soit le prix social et même humain.

Les sociétés transnationales sont intéressées par les nouvelles technologies en tant qu’elles permettent de faire passer des messages définis par le marketing et sont consommatrices de temps. Pour un participant, les nouvelles technologies sont largement diffusées parce qu’elles permettent de limiter le temps alloué au fait de penser. Plus que faire gagner du temps, elles permettent de passer du temps à autre chose qu’à réfléchir. C’est ce qui semble inciter certaines personnes à vouloir fuir ce « bruit » et à rechercher de plus en plus des lieux de recueillement et de silence.

En forçant le trait, les nouvelles technologies occupent le temps qui étaient auparavant occupés à des occupations définies autour de la croyance religieuse. Le développement de la laïcité a conduit la disparition de certains occupations organisées auparavant par les organes religieux : le chant en commun a quasiment disparu, les cercles de parole pour jeunes ont aussi disparu, de même que le recueillement avant le repas qui visait à aborder le moment du repas comme un partage signifiant. Ces pratiques n’ont pas été remplacées, en tout cas par rien de collectif. Le vide créé a été rempli par la télévision visionné en commun, puis chacun dans sa chambre et aujourd’hui par internet avec chacun son oreillette. De nombreuses pratiques laïques en commun ont aussi disparu ou ont nettement régressées : jeux de société, soirées dans la famille ou le voisinnage, participation à des fêtes collectives.

Les personnes n’ont aujourd’hui plus l’occasion de chanter ensemble alors que de nombreuses études montrent le rôle du chant dans le positionnement du corps et la connaissance de son propre corps et de ces capacités. Le chant polyphonique permet de comprendre que c’est la diversité des voix et leur composition harmonieuse qui permet la beauté du chant. C’est la notion que chacun a une petite musique a ajouter au chant collectif pour qu’il soit harmonieux. Ce manque a été identifié puisqu’on constate l’apparaition de nouvelles chorales qui attirent de plus en plus de personnes.

Les cercles de paroles étaient surtout utilisés au moment de l’adolescence et, dans de nombreux cas, permettaient une parole libre sur les sujets proposés par les participants. La période difficile de la puberté était accompagnée, des valeurs communes pouvaient émerger, un échange pouvait avoir lieu. En l’absence de catéchisme, de telles rencontres n’ont plus leur place. Il ne s’agit pas d’idéaliser ses pratiques qui n’étaient pas toujours aussi libres et sereines mais d’identifier qu’elles rendaient possibles un échange qui n’existe plus aujourd’hui.

A l’inverse, Une partie des maux de civilisation, comme l’obésité, semble liée à l’absence de lien, où les adolescents se retrouvent devant la télévision à manger n’importe quoi, en l’absence de projet plus précis.

Les nouvelles technologies se positionnent parfois comme « des réponses toutes faites à des questions qui ne sont pas posées » comme l’a formulé un participant du souper-causerie. En se débarassant du religieux et d’une certaine idée du collectif, on a vidé de contenu certains rites, qui étaient utiles indépendamment de leur substrat religieux et on ne les a pas remplacé par des dispositifs analogues. Ce temps vacant a été repris à leur profit par des sociétés commerciales qui l’ont rempli de promesses incitant les individus à consommer, ce qu’ils ont fait, au détriment de leur réelle indépendance et de leur propre santé. On peut considérer qu’il ne s’agit que du transfert d’une dépendance à une autre, c’est possible, mais cela n’explique pas alors l’augmentation des dépressions, le sentiment de manque et de solitude qui semble une des caractéristiques de notre société.

Les nouvelles technologies ne sont pas un mal en soi, mais elles ont accompagné et facilité une évolution qui nous semble négative de la société. La situation actuelle semble préoccupante en matière d’écologie, de santé publique, etc. mais nous pensons qu’il est toujours possible d’agir de manière positive, en concevant peut-être de nouvelles applications technologiques qui accompagnent l’homme plus qu’elles ne le mettent sous sa coupe. Il convient peut-être de concevoir des machines qui aident l’homme, plutôt que des machines qui le remplacent, comme cela a souvent été le cas. C’est le pari du concept de l’homme symbiotique.

Même si cette discussion semblait s’éloigner du sujet, elle me semble au cœur de l’ambition des soupers-causeries : essayer de comprendre la société actuelle, en prenant en compte ses réussites et ses dysfontionnements, et permettre à chacun de définir son propre positionnement et sa propre action. L’objectif n’est pas de générer une position collective qui donnerait naissance à un mouvement, mais viser à donner à chacun les moyens de définir sa propre vision du monde et d’agir en accord. Le propos n’est pas neutre pour autant, tout ne se vaut pas et certains dysfonctionnements sont criants. L’idée est certaines discussions permettront de sensibiliser des personnes afin de faire émerger leur propre position et éventuellement action.

C’est en ce sens que l’analyse du courant des créatifs culturels est significative : c’est une importante minorité, de 20 à 35 % de la population dans les pays industrialisés, qui partagent des valeurs communes mais ne se retrouvent pas dans un mouvement collectif. Ils sont éparpillés et ne revendiquent pas l’union. Le courant se compose d’une somme de consciences individuelles qui ne se reconnaissent pas dans un mouvement d’action collective et qui revendiquent leur implication individuelle. L’avantage d’une implication individuelle, c’est qu’elle est à la mesure des moyens de chacun et ne se pervertit pas dans des querelles de pouvoir.

L’idée des soupers-causeries et aussi la suivante : les nouvelles technologies changent le monde, elle changent aussi les moyens d’action. Elles ont contribué à un changement de paradigme qu’il importe de reconnaître, afin de le prendre en compte pour remédier à certains dysfonctionnement qui nous menacent, nous et notre biotope.

Add comment 18 avril 2007

Avoir plus de temps, pourquoi faire ? – SC du 23/01/07

En préparation de ce souper-causerie, voilà les pistes de réflexion que j’avais formulées. L’idée de ce souper-causerie est de prendre le temps de parler du temps, parce que nous vivons dans une société où tout le monde se plaint de ne pas en avoir assez. A certains, il manque tout le temps du temps, à d’autres, il manque seulement du temps libre, ou du temps pour soi, souvent du temps de faire les choses pour lesquelles on n’a pas le temps, ou plutôt auxquelles on n’a pas accordé le temps nécessaire.

Le temps est au cœur de nombreuses problématiques actuelles :

  • on parle de l’articulation des temps sociaux, du temps laissé au loisir après le temps de travail, auquel il faut ajouter le temps de transport. On évoque aussi le temps libre imposé lié à la flexibilité horaire et au temps partiel, mais aussi le chômage qui fournit un temps libre imposé, non souhaité.
  • On évoque les contraintes différentes rencontrées par les hommes et les femmes pour cette articulation des temps sociaux, les femmes ayant moins de temps à consacrer au travail rémunéré à cause d’un temps plus important consacré aux enfants et aux tâches domestiques auxquelles peuvent s’acheter le soin apporté aux personnes âgées. Cette situation se rencontre dans les pays développés, mais elle est encore plus marquée dans les pays pauvres où il arrive que tout le temps féminin soit alloué à la recherche de l’eau potable,
  • quand on parle de temps sociaux, on parle aussi des lieux dédiés à ces différents temps et les conséquences de cela en matière d’urbanisation avec les problématiques des moyens de transport, des horaires d’ouverture des services, face à un temps travaillé de plus en plus élastique dans une amplitude de plus en plus large.
  • on parle de l’allongement de l’espérance de vie et de ses effets sur la qualité de vie, en tout cas dans les pays développés car ailleurs il lui arrive souvent de reculer,
  • on dit que tout va plus vite. On est passé d’un temps rythmé par les cycles naturels du jour et de la nuit et des saisons, à un temps calendaire, rythmé et sacré, puis au chronomètre et à l’urgence généralisée. Tout est devenu urgent, on ne gère plus les choses, mais les urgences. L’important est de savoir quoi faire en cas d’urgence, ce qui implique de bien les connaître.
  • sur un registre plus léger, le temps s’exprime aussi par le rythme et la cadence dans la musique,
  • le temps se fait aussi sentir dans l’usure, le vieillissement, l’irréversibilité de certains phénomènes au niveau individuel, mais aussi au niveau planétaire, où pour la première fois l’homme est capable de créer des processus de masse irréversibles (1 espèce animale disparaît toutes les 20 minutes).

Bref, le temps, on peut en parler comme de l’argent : « perdre son temps », « gagner du temps », « manquer de temps ». Mais on peut aussi se battre pour le libérer, pour se créer du temps libre, c’est-à-dire du temps de loisir, mais pas seulement. Mais sait-on toujours en profiter pleinement, de ce temps libéré ?

Certains de ces points ont été traités lors du souper-causerie, et notamment l’articulation temps de travail – temps de loisir. D’autres pistes ont été ouvertes, notamment sur le temps réellement insupportable et l’impact des nouvelles technologies sur notre appréhension du temps. Mais le point qui m’a semblé particulièrement remarquable, est que c’est le premier souper-causerie où les participants ont précisé avant le début une heure de fin impérative, comme si le sujet avait déteint sur le comportement des participants, comme si on ne s’accorde qu’un temps limité pour parler du temps.

Pour en revenir aux échanges qui se sont déroulés lors de ce souper-causerie, la remarque initiale est que les participants avaient des visions du temps a priori très différentes, en tout cas dans les termes, et qu’elles se sont révélées au fil de la discussion plutôt proches. La gestion du temps des autres est un sujet d’intérêt et nous permet de mieux gérer le nôtre. Certains ont l’impression de ne pas disposer assez de temps pour faire faire à ce qu’ils ont à faire, d’autres reconnaissent que le monde moderne donne plus de temps, ce qui n’empêche pas une mauvaise utilisation et une certaine déception liée à l’utilisation du temps.

Plusieurs expériences différentes ont été vécues par les participants qui a eu un impact sur leur relation au temps :

Un participant s’est trouvé en situation de disposer à la fois de temps et d’argent pendant une période où son salaire était versé sans aucune contrepartie en terme de travail ou de temps de présence. Cette situation ambiguë a été très difficile à vivre, quasi-insupportable : on dispose de temps libre, mais pas de la possibilité de l’utiliser à sa guise car on doit être à tout moment à disposition. Des phénomènes de culpabilité (gagner de l’argent à attendre) ou de dévalorisation (pourquoi être sur la touche) s’ajoutent. Le participant a alors exigé du travail pour mettre fin à cette situation. Une fois passée la stupeur liée au caractère inhabituel de la demande (demander du travail alors qu’on est payé à rien faire), du travail a été proposé qui consistait en 3 heures de cours le samedi matin. La situation ne s’est donc surtout pas améliorée, car aux contraintes précédentes s’ajoutait celle de devoir travailler en complet décalage avec les membres de l’entourage.

Cette première situation fait entrevoir que le temps libre, pour être apprécié, doit être serein, plutôt cohérent avec les codes et habitudes sociales, et sans l’épée de Damoclès constituée par le fait que le temps peut devenir imposé à tout moment.

Dans la deuxième situation, le participant travaille à son compte et exerce deux activités de nature artistique : une activité qui se réalise à la maison : l’illustration qui impose une grande régularité, par le fait notamment de travailler pour des revues, et une activité qui se réalise à l’extérieur selon des horaires irréguliers, de grande amplitude et décalés : la scénographie et la réalisation de décor pour le théatre. Ce qui rend la relation au temps difficile, c’est la nécessité de concilier deux temps de travail différents. Le problème est amplifié dans le cas où les contrats sont insuffisants pour assurer un temps plein.

On dispose alors de temps libre, mais c’est un temps libre « négatif », un temps marqué par une insatisfaction professionnelle. Le participant a vécu cette période comme le fait de disposer d’un temps infini sans avoir la possiblité de l’utiliser de manière efficace et profitable. On a donc l’impression de perdre son temps, on culpabilise. Ce temps qui pourrait être dédié à la création se révèle souvent stérile. C’est un temps vide, fatiguant et déprimant.

Parfois, même sur de courtes périodes, le fait d’organiser seul son temps, lui ôte une certaine valeur et on a l’impression de ne pas pouvoir réellement en profiter, et on le vit comme un temps gâché, inutile.

Une autre situation était vécue en temps réel par une participante. Elle avait accouché il y a trois semaines de jumeaux nés deux mois avant terme, qui de ce fait, étaient maintenus en couveuses à l’hôpital. La participante est revenue chez elle où elle doit terminer la chambre d’enfant, réaliser des biberons de lait maternel et se rendre tous les jours 4 à 5 heures à l’hôpital. Tout son entourage lui conseille de boucler les choses avant l’arrivée des enfants, et surtout de bien se reposer car elle n’en aura bientôt plus le temps, cela sera l’enfer, tu vas en baver (dixit).

Elle doit non seulement faire face à un emploi du temps très chargé, mais aussi au discours moralisateur de son entourage. Il lui faut à la fois tout faire et se reposer ! Et cela se traduit par un sentiment de culpabilité, qui va jusqu’à prendre la forme de ne pas être une bonne mère capable de tout organiser pour accueillir ses enfants, tout en se reposant. Par ailleurs, la naissance des enfants impacte aussi ce qu’il est possible de faire dans le travail. On retrouve toute la difficulté liée à l’articulation des temps sociaux pour une femme à l’arrivée des enfants, accompagné d’un discours social culpabilisant. Le seul soutien semble alors être la couveuse, qui offre un sas, une respiration.

Un participant a pris un an de congé sabbatique pour le passer à écrire, alors qu’il avait déjà publié deux livres tout en travaillant. Cette année, pourtant attendue, s’est révélée l’année la plus improductive qu’il ait vécu, où il n’a quasiment pas écrit. Elle apparaît comme une année perdue, une collection de journées, plutôt semblables et plutôt agréables, mais qui ne se sont pas traduites par un écrit.

Un participant a témoigné de la difficulté à organiser son temps de loisir par rapport au travail car, n’ayant pas de contraintes familiales, elle ne voit pas quel argument utiliser pour refuser des engagements professionnels qu’on lui demande. Ainsi, elle accepte différents engagements qui se combinent mal avec ses autres activtés. Elle s’autocensure dans l’utilisation de son temps en intégrant les arguments sociaux comme quoi les personnes ayant des enfants ont plus de droits que les autres, notamment celui de refuser des contraintes profesionnelles.. Elle n’arrive pas à opposer ses propres choix aux demandes du milieu professionnel. Elle n’arrive pas à imposer son temps privé en opposition au temps professionnel.

Dans les échanges, on constate des relations entre la fatigue et notre appréciation du temps. On se plaint de manquer de temps quand on se sent trop fatigué pour profiter de son temps libre. On l’utilise pour se reposer, ce qui n’est pas considéré comme un temps utile. Dans les analyses du temps, il est à noter que le temps physiologique est souvent considéré à part, ou plutôt déconsidéré. Parfois, c’est le temps de sommeil qui est sacrifié le premier dans une gestion du temps, et cela se traduit alors par de la fatigue. Une autre erreur est d’associer automatiquement la fatigue au travail, ce qui n’est pas ressenti par tout le monde. Pour certains, c’est en travaillant qu’on recharge ses batteries et l’activité professionnelle permet de maintenir un certain rythme qui pourra se traduire par une aussi grande intensité durant les temps de loisirs. Le tout n’est pas de disposer de temps libre, mais de disposer du temps libre, de l’énergie et de l’organisation nécessaire pour l’occuper, et c’est ce qu’on peut trouver dans le cadre du travail. Dans ce cas, la gestion du temps revient à saturer son agenda pour garder un rythme d’activité nécessaire à une bonne occupation du temps « libre ».

La définition de ne rien faire paraît différente selon les participants : pour certains, on est toujours en train de faire quelque chose, ne rien faire signifie être mort ; pour d’autres on ne fait rien quand on écoute de la musique. Ce qui transparaît, c’est que disposer d’un temps libre considéré comme satisfaisant, que cela s’appelle ne rien faire ou non, revient à disposer d’un lapse de temps pendant lequel on n’est pas obligé de faire une chose précise, on est libre d’occuper son temps comme on l’entend pour une promenade, pour écouter la musique, pour s’occuper de soi-même.

La libre organisation du temps pendant ce temps libre est une notion très importante, l’important est de ne pas être dépendant des autres.

Il y a ainsi deux notions différentes : le temps perdu et le temps libre. Le temps libre est celui qui est borné et gagné par rapport au temps contraint. Le temps perdu est le temps qui est considéré n’avoir servi à rien, qui a été occupé par des activités qui n’ont pas été choisies et structurées. Le temps vide est le temps qui n’est pas organisé.

Ensuite, nous avons abordé les situations où le temps peut être considéré comme insupportable.

Certains métiers sont contraints par des horaires de présence ; d’autres, de nature plus intellectuelle, sont détachés des horaires. Cette différence impacte notre manière de considérer le temps. Le travail contraint par les horaires peut sembler plus contraignant. A l’inverse, leur caractère borné dans le temps permet au contraire une grande liberté pour s’organiser dans le temps qui reste. Dans le cas d’un travail de réflexion, il est impossible de définir à quel moment on s’arrête, et il arrive de se réveiller la nuit, parce qu’on travaillait … en croyant dormir.

Ce qui semble vraiment difficile à supporter concerne les temps atypiques, où il y a par exemple de nombreuses coupures qui s’intercalent dans le temps de travail. Ces temps existent au nom de la flexibilité, mais aussi pour toutes les activités liées à la personne où il y a des rythmes naturels à respecter : le sommeil, les repas, la toilette, etc.

Une autre pensée insupportable est de savoir qu’un autre peut disposer de son propre temps, on est à la merci de l’autre, on peut être appelé à tout moment et on devra arrêter ce qu’on fait. C’est là que se trouve le vrai sentiment du temps imposé.

C’est un fait que malgré l’impression de beaucoup de gens de manquer de temps, le temps de travail s’est beaucoup réduit dans l’histoire, mais particulièrement ces dernières années. Mais les gains ont été en quelque sorte annihilé par le fait que tout est considéré comme une urgence, donc tout le monde se trouve contraint par le temps. C’est un procédé qui vise à faire pression sur les gens, car cela les oblige à se reconnaître en situation d’urgence. Or il est relativement facile ensuite d’insinuer que la situation d’urgence est la conséquence d’une incompétence.

La société moderne se traduit par la définition d’un cadre temporel rigide : c’est un temps à intervalle fixe, séquencé, chronométré dans lequel on exige une forte flexibilité. Avant, le temps était rythmé naturellement, selon des intervalles variables : journées plus longues en été, qui correspondaient à des périodes de travail importantes. De plus, la quantité de travail importait plus que le temps de travail, qui n’était donc pas la contrainte principale, ce qu’il est devenu dans les sociétés modernes. Aujourd’hui, le temps de travail prend le pas sur la quantité, mais aussi sur la qualité : un musicien peut alors décider d’arrêter la répétition au milieu d’un morceau, parce que le temps qu’il devait s’est écoulé.

La relation entre le temps passé et ce qui est produit pendant ce temps-là est importante. J’ai moi-même été élevé selon le principe qu’il ne faut pas rester les bras ballant, et c’est important de souligner que l’activité, même productrice, n’est pas obligatoirement un travail. Le fait de passer du temps pour une activité qui nous plait, est un moyen de gagner du temps et de ne pas en perdre. Quand on aime cuisiner, le temps passé à cuisiner est considéré comme un temps de loisir alors qu’il peut être considéré par d’autres comme du temps inutile.

Quand on m’incitait à ne pas rester les bras ballants, on ne me forçait pas à faire quelque chose de précis, on ne me demandait même pas de produire quelque chose. On me demandait simplement de déterminer mon temps, de définir mon désir, d’identifier à quoi passer son temps libre. Le temps libre est le temps passé à quelque chose qui nous intéresse, mais c’est aussi un temps qui n’est pas exempt de discipline, d’organisation préalable. Le temps libre, on prend le risque de le perdre, si on ne l’organise pas.

Cette injonction de ne pas rester les bras ballants était une forme d’éducation, c’était une manière de m’apprendre quoi faire de mon temps libre, pour m’inciter à en vouloir, donc pour m’apprendre à m’organiser pour en avoir, et à l’occuper à des tâches qui m’intéressent.

A l’inverse, certaines personnes donnent l’impression de chercher à gagner du temps pour s’ennuyer après : vitesse au volant pour arriver 5 minutes plus tôt, départ rapide du travail pour faire le ménage d’un intérieur déjà propre. Des personnes, surtout des femmes, semblent occupés à gagner du temps qui sera dédié à l’ennui. Or gagner du temps semble intéressant si on le passe à autre chose, justement.

Notre société a gagné du temps et parfois cela ne sert à rien. On a fait beaucoup pour augmenter la vitesse des moyens de transport, mais le temps moyen consacré au transport n’a pas évolué depuis 20 ans. On sait seulement que l’attente rend agressif et on l’organise, en la masquant, comme dans le cas de la sortie bagage aux aéroports placée loin de la sortie de l’avion pour limiter le temps d’attente devant le tapis roulant désespérément vide. Par exemple, un retard d’une heure pendant un vol est mieux vécu que 10 minutes d’attente pour la libération de la passerelle du même avion. En fait, le pire du temps imposé, c’est l’attente.

Le temps le plus insupportable est le temps de l’entre-deux : le temps des aéroports, des gares. A l’inverse, ce temps d’attente, c’est aussi le temps qu’on peut chercher à occuper, à lire notamment. C’est la raison d’être de nombreux livres et de revues promenés dans les sacs à main, ils servent à annihiler le temps d’attente pour le transformer en temps de loisir ou en temps utile..

La société moderne nous accorde à la fois plus de temps, et plus de choses à faire : travail, enfant, voyage. Alors on est toujours à la recherche de temps, pour faire autre chose, et on ne supporte plus d’attendre. On n’accepte plus le délai, et c’est en ne supportant plus le délai qu’on crée l’urgence. On ne supporte plus que les choses prennent du temps, alors qu’autrefois c’était le temps passé qui donnait la valeur des choses. Le loisir revient en fait à se donner le temps de faire des choses, mais ce qui est valorisé aujourd’hui dans les productions du loisir, n’est plus le temps passé mais le « c’est moi qui l’ai fait ! ». Tout se passe comme si on valorisait le temps économisé, mais pas le temps passé, alors que c’est la qualité du temps passé qui nous le rend agréable.

Le téléphone portable a créé une autre conception du temps. Il a amplifié le rejet du délai. L’utilisation du portable a conduit un participant à considérer tout petit retard comme nécessitant un appel à son rendez-vous car l’exactitude est devenue un impératif. Avant le téléphone portable, par impossibilité de prévenir, il se sentait moins tenu à l’exactitude.

Une des caractéristiques du temps moderne est qu’il ne connaît plus la distinction entre le temps sacré et le temps profane. Il n’y a plus que du temps profane, du temps utile. Or le temps sacré, c’était aussi voire surtout du temps prélevé sur l’activité générale, quotidienne, et qui servait en partie à faire ce qu’on voulait (le dimanche). Cela créait une scansion dans le temps et permettait de se reposer. Il n’existe plus de valeurs différentes du temps, ce n’est plus que du temps homogène, profane, chronométré. Comme il a déjà été dit, même le temps qu’on peut qualifier de naturel, le temps physiologique, n’est plus respecté. Il est considéré au même titre que les autres, aussi susceptibles que les autres d’être diminué afin de l’occuper à autre chose. On ne veut plus prendre le temps pour des obligations qui nous rappellent notre condition de mortels. Nous voulons être toujours prêts, utiles, disponibles, comme les outils qui entourent.

Aujourd’hui, le niveau d’exigence est immense : ce qui est normal, c’est ce qui est immédiat, c’est ce qui s’obtient sans délai. Nous nous sentons sommer sommer de tout faire immédiatement.

C’est amplifié par le fait qu’on est connecté en permanence à un instrument, un réseau. Notre temps ne nous appartient plus et nous acceptons cette situation en acceptant de nous doter d’extension de connexion. Nous nous sentons déstabilisé quand nous ne recevons pas une réponse immédiate à certains courriers électroniques, ce qui n’arrivait pas dans le cas des lettres, où on attendait au moins une semaine la réponse. Le fait d’être connecté transforme les lettres en injonction à réponse immédiate. Les nouveaux supports de la technoscience, en mettant en commun, sous un référentiel unique, le temps de chacun par la connexion immédiate, renforce le principe de l’inacceptation des délais.

On dispose en fait de plus de temps, mais à travers la connexion, on le met en commun avec le monde entier et on permet à tous de gérer notre temps. On gère non pas notre temps, mais un temps collectif, homogène, entièrement profane, où le temps physiologique ou simplement personnel est dévalorisé. Nous nous imposons une disponibilité de 24 heures sur 24, sans savoir toujours quoi faire du temps que nous libérons.

La contrainte horaire définie au début du souper-causerie nous a conduit à l’interrompre sur ce constat. J’ai envie de clore cet article sur cette réflexion : le temps libre, c’est le temps pendant lequel on arrive à se libérer de l’urgence, pendant lequel on échappe à notre propre conception du temps. Le temps, c’est peut-être seulement la vie qui s’écoule. S’en plaindre revient peut-être à oublier de vivre dans le présent, qui est le seul temps dont on dispose réellement.

Pour continuer la réflexion, je vous communique l’adresse d’un site met en ligne de nombreux articles sur différentes problématiques liées au temps, considéré dans différentes disciplines (sociologie, psychologie, droit, littérature, etc.). Il est accessible à partir des deux adresses suivantes (le premier semble plus complet mais l’accès par auteur n’est pas opérationnel) : http://temporalistes.socioroom.org/index.php ou http://www.sociologics.org/temporalistes/index.php et présente des articles très intéressants.

Add comment 1 février 2007


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