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Résonance sonore
Ce texte a été écrit suite à un stage de résonance sonore avec Iégor Retznikoff prolongé par la lecture de ses textes disponibles sur le site http://ecoledelouange.free.fr.
Les modalités de perception du son
Le son est le premier sens perçu par le fœtus qui “ entend ” à travers son corps par les vibrations du liquide amniotique. Il perçoit les sons émis par son corps, par le corps de sa mère, puis par les bruits de l’extérieur. La première forme de conscience spatiale est aussi apportée à l’enfant par le son, selon qu’il se présente en haut ou en bas, devant ou derrière, loin ou proche. Le son permet donc de faire appel à sa conscience d’avant la naissance. Le toucher peut jouer le même rôle, par la continuité qu’il y a entre le système nerveux, le cerveau et la peau issus fdes mêmes cellules au tout début de la séparation cellulaire.
Après la naissance, l’enfant reconnaît les bruits entendus dans le ventre de sa mère. Il dispose de deux manière d’appréhender le son :
- Par le système auditif, composé d’organes spécialisés
- Mais aussi à travers tout le corps par la perception des vibrations créées par le chant de la personne elle-même (à travers son souffle) ou par des chanteurs extérieurs, et transmises au squelette de manière différenciée (os non affectés pareillement) selon les sons
Les autres sens ont une perception limitée à des organes spécialisés, sauf le toucher qui concerne l’ensemble de la peau.
A l’âge adulte, le son continue à jouer un rôle important dans la spatialisation car il apporte des informations sur la situation de l’émetteur du son par rapport à la personne, mais aussi les effets d’échos lui permettent de préciser la structure de son environnement. Il a été constaté que les dessins sur les grottes préhistoriques dessinés sur le lieux les plus sonores. Parfois l’expression d’un son bas aux endroits peints génèrent des effets sonores rappelant les cris des animaux représentés sur les parois.
Ainsi, par nos capacités auditives, nous sommes environnés à l’extérieur de notre corps par notre propre espace sonore qui n’est pas sans rappeler le ventre maternel.
De cela, le son tire une partie de ses qualités thérapeutiques. Il permet de s’adresser à des niveaux non conscients pour les réveiller (sortie du coma) ou pour se ressourcer quand le niveau conscient est en souffrance (énervement).
Mais la présence des lieux spécifiques de vibrations à l’intérieur du corps apporte une autre qualité au son.
Les lieux de vibration dans le corps
A l’intérieur du corps, quatre lieux sont particulièrement concernés par la résonance, donc par le son :
- La poitrine, en prenant appui sur le ventre qui émet le souffle
- La gorge
- La région frontale
- Le sommet de la tête
Or ces lieux sont fortement symboliques :
- La poitrine est la caisse de résonance essentielle, c’est le lieu du cœur qui s’appuie sur le ventre. Il s’agit du cœur lié à l’émotion et au courage, à l’amour et au don de soi. C’est un lieu de conscience, de méditation et de prière.
- La gorge est lieu de souffle et de la parole. C’est un lieu essentiel pour la vie spirituelle ; “ spir ” dans esprit et respirer vient de la même racine. Souffle et esprit sont synonymes. La gorge, c’est le lieu du souffle et le souffle, c’est la vie.
- La région frontale est le lieu de la concentration, de la méditation
- Le sommet de la tête, marqué par l’auréole, est le lieu le plus pur de l’âme, le plus pur de la conscience.
Ces lieux peuvent donc être interprétés comme les portes de la conscience profonde, de l’âme. Si l’on veut agir sur la conscience, entrer dans le monde intérieur, au delà de la parole et de l’intelligence, cela peut se faire en rapport avec ces lieux. L’ensemble de ces lieux constitue le corps de médiation, ou le corps de prière ou le corps contemplatif, il correspond au corps sonore et au corps de lumière. Ce sont les points de jonction de l’âme et du corps. Et cette jonction peut s’opérer à travers le chant, qui va générer un son dont la vibration va toucher directement ces lieux. La prière chantée, la louange, peut fonctionner comme une thérapie de l’âme et du corps.
Accès au sacré
On peut définir le sacré comme ce qui est dans un rapport voulu comme efficace avec le monde invisible. Ainsi une langue sacrée est une langue qui permet de s’adresser au divin, au monde invisible. C’est une langue dans laquelle, pour quelques mots, il y a adéquation entre la phonétique et le sens. C’est possible car il y a un rapport entre la phonétique et le corps : certains mots ont un sens corporel car ils génèrent des sons qui vont animer certains lieux du corps. Et ces lieux du corps ouvrent l’accès au divin. Une langue sacrée est donc une langue pour laquelle l’arbitraire des signes n’est pas absolu, quelques mots permettent d’accéder au monde invisible. Mais seule l’intonation juste, dans la louange, permet d’accéder à cette communication entre le corps et la conscience la plus profonde, c’est-à-dire le divin.
Orphée est le spécialiste des voyages de l’âme, mais c’est aussi un maître de chant et ce mythe décrit en fait la liaison entre le chant et l’accès au sacré.
C’est une affirmation universelle que le monde est un son. Une autre manière de l’exprimer a été d’affirmer que le divin est déjà dans l’énonciation juste de son nom.
Le son est d’abord une vibration, et donc pulsion et rythme, comme les astres, le monde céleste. Chaque objet a sa résonance selon sa vibration, sa définition sonore. L’animal a un cri et l’être humain la voix, sa dimension propre, qui lui permet de représenter et de raconter le monde. C’est donc par le son et ses vibrations que le monde peut être représenté dans la conscience. La musique et le son permettent d’entrer dans la conscience la plus profonde, l’âme. Le son relie le monde extérieur et le monde intérieur à travers la voix et le corps de l’être humain. Le son fait vibrer le corps entier et pénètre le monde intérieur invisible du psychisme et de la conscience. Le son relie le monde visible et invisible, le corps et l’esprit.
L’art du rapport au divin par l’art est la musique. L’art sacré, c’est l’art de la prière par la peinture, la musique. Il a un aspect fonctionnel fondamental : amener à une prière, une contemplation plus grande, établir un rapport avec son corps et sa conscience.
Dieu est la conscience consciente de soi qui s’exprime par le mouvement de l’âme divine, la danse de l’âme divine. Le fondement anthropologique et spirituel du chant liturgique vient de ce que la voix est le reflet exact par la vibration de tous les lieux essentiels du corps de l’état psychophysiologique de l’être humain ; la liturgie vise l’état de concentration et de prière. Le chant sacré est l’énonciation juste des noms divins. Pour Saint-Augustin, la musique est l’art du bon mouvement. “ Bon ” s’entend dans le sens de ce qui mène au divin et le mouvement est celui de l’âme, présentifié par celui du souffle dans le corps.
Dans toutes les langues, accorder un instrument de musique et être d’accord sont de la même origine. Le shaman accorde l’âme et le corps qui ont été désaccordés par la maladie, il met le patient en harmonie avec lui-même et avec les autres.
Les éléments primitifs du sens de la musique peuvent se représenter ainsi :
- L’espace
- Le mouvement
- La danse
- La chanson
- La signification modale du chant
- Le niveau animal de la signification
- La relation avec le monde invisible (ce qui différencie l’art religieux de l’art sacré)
Le chant, comme art sacré, est soutenu par les autres arts sacrés :
- l’architecture sacrée agit en amplifiant la résonance permettant une meilleure expression des lieux de vibration du corps
- les icônes par la représentation du corps spirituel.
L’art sacré agit vise l’ouverture du corps physique sur le corps spirituel.
Les sons de la nature sont considérés à l’origine comme les sons des esprits.
L’intonation juste
Cet accès au sacré est possible si l’intonation est juste. L’intonation juste est celle qui génère l’expression de tous les harmoniques d’une note.
Les vibrations d’un son de fréquence N génèrent dans le même temps des vibrations de fréquence 2N, 3N, etc. selon une bijection avec les nombres entiers naturels. Ces vibrations ne se maintiennent pas toutes dans le temps, seules les vibrations associées (ou en accord, en harmonie) se maintiennent. Ce sont les harmoniques d’une fondamentale. Le timbre d’un sons est créé par le plus ou moins grand nombre d’harmoniques qui sont présents avec ce son. On peut reconnaître qu’une note est chantée juste si elle se traduit par l’émission de tous ses harmoniques. Consonance (latin) = harmonie (grec)
Il y a une universalité de la justesse de l’intonation car elle repose sur des propriétés physiques des ondes et des vibrations. Mais cette intonation s’exprime selon un certain mode, et ces modes s’expriment par des différences subtiles entre les intervalles des notes. Un mode est en fait l’expression d’un état psychophysiologique qui fait que le corps comme instrument sonne différemment. Le corps est “ accordé ” selon cet état psychophysiologique. Et ces modes ne sont pas universels, ils sont différents selon les cultures. Les chants eux-mêmes selon leur signification se définissent par un certain mode. Le chanteur doit par son intonation exprimer le mode de son chant. Les ornements d’un chant ont aussi une signification modale car ils sont là pour faciliter l’intonation juste d’un intervalle difficile ou important pour le placer le mieux possible.
A l’origine, en occident la résonance naturelle était respectée par les instruments de musique qui étaient accordés entre chaque morceau selon le mode de chaque morceau. Dans une optique sacrée, cette contrainte était acceptée et l’est toujours dans le monde rural. Mais l’émergence d’un nouvel ordre social avec le développement de la bourgeoisie et le recul du sacré se sont traduit par une complexification de la musique et le développement de la polyphonie, qui obligeait à faire jouer ensemble de nombreux instruments. L’invention du piano est une réponse à ce besoin. Chaque note du piano est générée par plusieurs cordes qui émettent un son à plus grand spectre, ce qui permet de gommer les effets liés à la fausseté de l’accord. C’est le principe du clavier tempéré. C’est en fait le passage d’une société qui privilégie la justesse du ton et la ferveur du chanteur à une société qui privilégie la virtuosité et l’artifice.
Add comment 13 décembre 2006
Bibliographie
Sur le changement de paradigme et l’évolution de la société :
- les livres de Jeremy Rifkin, et notamment L’âge de l’accès, La fin du travail et Le rêve Européen
- L’émergence des Créatifs Culturels par Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson
- De la gratuité de Jean-Louis Sagot-Duvauroux
Sur les derniers travaux scientifiques concernant l’efficacité des médecines non conventionnelles :
- La solution intérieure de Thierry Janssen
- Mieux connaître son système immunitaire de Francesco Bottaccioli
Sur les différences entre la pensée occidentale et la pensée orientale, et plus globalement sur le positionnement de la pensée occidentale face aux autres cultures :
- The geography of thought. How Asians and Westerners think differently… and why de Richard.E. Nisbett
- Race et histoire- race et culture de Claude Levi-Strauss
Sur la cognition animale, les différences avec la cognition humaine ainsi que sur les relations entre l’homme et les animaux :
- L’animal singulier de Dominique Lestel
- La cognition animale chez “que sais-je ?”
- Les origines animales de la culture de Dominique Lestel
- Quand les singes prennent le thé de Frans de Waal
- A quoi pensent les animaux ? de Marc D. Hauser
- A la recherche de l’homme de Pascal Picq et Laurent Lemire
- Les lamentations du perroquet d’Eugene Linden
Sur le rôle du corps et des émotions dans la conscience et la raison :
- L’erreur de Descartes de Antonio R. Damasio
- Le sentiment même de soi – Corps, émotions, consciencede Antonio R. Damasio
- Spinoza avait raison – Joie et tristesse, le cerveau des émotions de Antonio R. Damasio
Sur les relations entre la science et le politique :
- Sciences et pouvoirs – La démocratie face à la technoscience de Isabelle Stengers, avec une réflexion notamment sur le discours médical
En allant regarder du côté des philosophes, le paradigme dans lequel nous évoluons doit beaucoup aux prolongements des idées de Descartes, et notamment la distinction qu’il a opéré entre le corps et l’esprit et qui est devenu le point de départ de nombreuses sciences. Or un philosophe des lumières, contemporain de Descartes fournit des pistes pour penser le nouveau paradigme, c’est Spinoza. Il n’opère pas cette distinction et propose un modèle conceptuel permettant de penser le nouveau paradigme, notamment dans l’Ethique.
Add comment 12 octobre 2006